Fête nationale : Discours de Monsieur Gautier Mignot, Ambassadeur de France en Colombie

Fiesta Nacional de Francia 2018

"Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et membres des corps diplomatiques accrédités en Colombie,
Honorables représentants des autorités civiles et militaires colombiennes,
Mesdames et Messieurs élus de la communauté française,
Mes Chers Compatriotes,
Mesdames et Messieurs,
Amis de la France,

Au nom de mon épouse et de moi-même ainsi qu’en celui de tout le personnel de l’Ambassade de France en Colombie, je vous souhaite la plus cordiale bienvenue à la Résidence de France.

Il y a un an, pour la première fois comme Ambassadeur, je me trouvais ici même devant vous pour célébrer notre Fête nationale. Il y a une chose que j’ai apprise au cours de ces douze premiers mois ; dans ce pays, le temps défile à toute vitesse. D’aucuns diront qu’il sagit là d’une conséquence de la vieillesse, étant donné que les années s’accumulant on est est amené à croire que la vie s’écoule plus rapidement. Je pense cependant que la vraie raison en est la grande joie que j’ai ressentie chacun de ces 400 jours animés par l’intense agenda de notre coopération bilatérale.

Il y a un an, nous pleurions les victimes du récent attentat qui frappa le centre commercial el Andino le 17 juin 2017 ; parmi elles perdit la vie une jeune volontaire française du nom de Julie Huynh.

Comme je l’ai annoncé au cours de cette Fête nationale, nous avons travaillé cette année à la création d’un Prix qui porte son nom : le prix Julie Huynh du volontariat et de la construction de la paix.

À l’occasion de la commémoration annuelle de cette tragédie, nous avons inauguré ce prix à la Résidence de France en le remettant à une jeune Colombienne qui se rendra en 2019 en France pour réaliser un volontariat, avant que ne vienne un jeune Français en Colombie, suivant tous deux les pas de Julie.

À travers cette émouvante cérémonie, c’est à toutes les victimes, décédées ou blessées lors de cette immonde attaque que nous avons voulu rendre hommage ; nous ne les oublions pas, elles qui comptent sur notre solidarité et notre soutien.

Mesdames et Messieurs,

Il y a un an, je vous ai fait part de réflexions sur les défis qui se posent à l’humanité ainsi que les solutions que propose la communauté internationale pour les surpasser. Il faut reconnaître que la situation mondiale ne s’est pas réellement améliorée en si peu de temps. Sans aucun doute, nous vivons une époque où sont requises des décisions et des prises de position courageuses. Des valeurs qui sont les nôtres sont menacées, en particulier le multilatéralisme, qui depuis la Seconde Guerre mondiale a instauré dans la majeure partie du monde la paix, le progrès et la prospérité. Face à ces difficultés, nous pouvons nous taire et baisser la tête, ou bien choisir de résister et de défendre nos valeurs et nos convictions, de manière respectueuse et ouverte au dialogue, mais toujours avec détermination.

Plus que jamais, nous avons besoin du soutien de tous les pays de bonne foi pour préserver la paix au niveau mondial ; nous espérons que rapidement, les forces armées colombiennes pourront participer aux opérations de maintien de la paix, plus précisément sur le continent africain. Voilà pourquoi la France participe à la formation et l’entraînement de ces nobles missions. À l’occasion des 100 ans de la fin de la Première Guerre mondiale en novembre prochain, le Président Macron a pris l’initiative d’inviter à Paris une centaine de chefs d’État et de gouvernement à participer à un grand forum sur la paix, afin de rassembler tous ceux qui croient en un système international reposant sur le droit et la coopération, à une mondialisation régulée, en un ordre international juste.

Ce forum pour la paix ne sera pas un séminaire académique mais une réelle plateforme pour échanger projets et solutions concrètes, afin d’élaborer une meilleure gouvernance, de la société civile aux États en passant par les autorités locales. Un appel d’offres a été publié sur la page internet parispeaceforum.org afin de sélectionner les projets et initiatives qui seront présentés durant ce Forum.

Plus que jamais s’impose la transition écologique et énergétique. Les solutions existent, certaines se trouvent à portée de main, comme le rappelle le modèle de voiture électrique Zoe de Renault qui est exposé dans les jardins de la Résidence et que j’utiliserai moi-même pour certains de mes déplacements en ville. Une action moderne pour l’environnement et le climat, car c’est bien la multiplication de ces petits gestes qui nous permettront de renverser la tendance alarmante que tous nous connaissons à travers le monde.

Nous comptons pour cela avec l’appui considérable de l’Agence Française de Développement, au gouvernement colombien, grâce à un troisième prêt de 200 millions d’euros pour le climat que nous allons signer prochainement. Ainsi, l’AFD a apporté son soutien à la Mission Croissance verte lancée par le gouvernement colombien, qui a élaboré une feuille de route pour le pays pour les prochaines années dans ce domaine ; nous serons présents pour appuyer sa mise en oeuvre tout comme les progrès de la Colombie vers un modèle de croissance verte et durable.

Il est urgent de définir et de mettre en place des politiques migratoires ordonnées et respectueuses des droits des migrants. La Colombie donne un excellent exemple au monde avec sa politique ouverte aux migrants fuyant le Venezuela. Cependant, cette politique comme beaucoup d’autres ne sera fructueuse qu’à travers une coopération internationale, régionale et même pour certains domaines intercontinentale, une coopération sous le signe de la solidarité et de la fraternité ; la fraternité qui apparaît dans la devise de mon pays et qui comme l’a confirmé un récent arrêt, a valeur de norme constitutionnelle en France.

Dans cette lutte mondiale pour la paix, les droits de l’Homme et le développement durable, la France est de plus en plus présente, accompagnée de ses partenaires de l’Union européenne. Nous ne prétendons pas être des donneurs de leçons, mais nous cherchons cependant à tendre la main et à trouver des solutions aux problèmes qui menacent l’humanité. Nous accomplissons aussi la promesse du Président Macron d’intensifier notre aide publique au développement international. En ce qui concerne notre politique intérieure, nous désirons être un pays réformiste, moderne, toujours plus attractif pour les talents et les investisseurs internationaux. Ainsi en témoignent les chiffres prometteurs de ces douze derniers mois, ainsi que la forte croissance de l’investissement étranger en France.

La relation franco-colombienne vit peut-être son apogée et pour cela je veux remercier le Président Santos ainsi que son gouvernement, tout particulièrement la Ministre des Affaires Étrangères María Ángela Holguín.

Je m’attarderai sur seulement trois exemples parmi tant d’autres pour illustrer les succès de notre relation bilatérale. Je veux mentionner premièrement l’arrivée renouvelée d’entreprises françaises en Colombie : de 180 il y a un an elles se comptent dorénavant au nombre de 210, nous continuons d’être le premier employeur étranger en Colombie et nos entreprises se démarquent pour leur engagement éthique, social et environnemental. La liste des sponsors de l’événement d’aujourd’hui a connu le même succès ; ils sont 60 cette année si bien que je ne peux les mentionner, bien que je veuille attribuer mes plus grands remerciements à chacun d’eux.

La seconde réussite de notre coopération bilatérale est la création de l’Association franco-colombienne de chercheurs universitaires, qui porte le joli nom de Colifri. Elle nous permettra de structurer et de renforcer notre coopération scientifique et d’organiser l’année prochaine le premier sommet colombo-français de recherche et d’innovation.

Pour terminer, je veux rappeler le soutien que notre pays apporte à la Colombie pour affronter les défis d’aujourd’hui : il y a deux jours, par exemple, nous avons reçu trois experts de la lutte anti-corruption pour échanger avec le Procureur Général de la Nation, mais aussi avec d’autres institutions et le public en général, sur les plus récentes avancées en France dans la lutte contre la corruption, sujet cher à l’opinion publique colombienne.

Les prochains 26 et 27 juillet, le Ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian devrait réaliser une visite en Colombie pour clôturer en beauté l’excellente coopération que nous avons entretenue avec le Président Santos et son gouvernement, et pour préparer notre future coopération avec le nouveau Président élu Iván Duque et ses équipes. Nous croyons que notre relation peut encore s’approfondir dans de nombreux domaines, que ce soit l’économie, en particulier l’économie orange, mais aussi la défense, la conquête de l’espace, les villes intelligentes, ou bien encore la réintroduction de la langue française dans le système éducatif colombien.

Mesdames et Messieurs,

Avant de mettre fin à ce discours, je voudrais vous dire que j’attends nombre d’entre vous demain soir, ici même, à notre bal traditionnel du 14 juillet. Pour nous faire danser, nous aurons le plaisir d’accueillir un artiste exceptionnel, qui en plus d’être un grand humaniste est une icône du Pacifique et le plus francophile des salseros colombiens, Yuri Buenaventura y su orquesta. Qui plus est, les participants au Bal auront droit à ”un retour” dimanche matin, afin de supporter la Sélection française à la finale de la Coupe du Monde de football. J’espère que vous avez déjà obtenu vos billets parceque l’on m’informe qu’ils se sont tous écoulés !

En cette année du centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale, nous avons voulu que le bal traditionnel du 14 juillet célèbre la paix et pour cela nous l’avons nommé « le bal de la paix ». Je voudrais en profiter pour rendre hommage à nos vétérans, colombiens et français, dont les drapeaux nous accompagnent sur scène.

Évoquer l’armistice de 1918 c’est aussi rappeler que la paix peut échouer, ainsi s’est-elle brisée au lendemain de la Première Guerre mondiale, quand les ex-belligérants se sont concentrés non pas sur la réconciliation mais sur la revanche, quand les États ont laissé le système international s’affaiblir, les frontières se fermer, l’égoïsme national et les régimes belliqueux triompher.

Cependant, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous avons été gouvernés par des Hommes d’État qui ont su dépasser leur méfiance, leurs préjugés, leur haine, pour se rassembler et réconcilier les peuples, et la paix a fini par triompher. Je me rappelle le grand Homme d’État allemand Konrad Adenauer, je me rappelle le Général de Gaulle, qui à son époque fut un adversaire convaincu de ces accords, qui si furent des accords de paix ; je parle du Traité de Paris et du Traité de Rome qui ont crée les communautés européennes. Mais quand le Général de Gaulle est arrivé au pouvoir en France en 1958, il a respecté et appliqué à la lettre ces traités, avec son propre style et la politique qui était la sienne.

La paix en Colombie est à la croisée des chemins. En ce moment, je ne peux que penser aux victimes du conflit armé, toutes ces victimes qui aspirent à la vérité, la réparation et la justice. Je ne peux que penser aux leaders sociaux qui ont été assassinés aux cours de ces derniers mois et les autres qui craignent pour leur vie, ou bien à ces paysans dépossédés de leurs terres et qui même aidés par des décisions juridiques en leur faveur ne peuvent les récupérer. Je ne peux que penser aux communautés paysannes, afro-descendantes et indigènes avec lesquelles je me suis réuni lors de mes visites dans le Cauca, le Chocó, le Catatumbo. Je leur ai assuré d’être leur porte-parole et aujourd’hui, à cette tribune, je tiens ma promesse : ces communautés désirent vivre en paix et en sécurité, être épargnées des feux croisés : elles veulent préserver l’environnement de la déforestation, des mines illégales polluantes ; elles veulent laisser derrière elles les cultures illicites et obtenir des réelles opportunités de développement, légales et enrichissantes. C’est de notre devoir de comprendre la position dans laquelle elles se trouvent, et de les aider.

Afin de répondre à cet appel et affronter ces défis, la Colombie aura bientôt un nouveau Président accompagné de son gouvernement, un président jeune et moderne qui s’est engagé à rassembler les Colombiens, à suivre le chemin de la paix et à apporter à son peuple davantage de justice, de sécurité, d’intégrité, de justice sociale. Comme l’a affirmé le Président Macron il y a quelques jours, pour accomplir ces objectifs, le Président Duque pourra compter sur le soutien ferme et régulier de la France, de son gouvernement, son Ambassade, ses entreprises, la vigueur de la communauté française toute entière, toujours plus nombreuse.

La communauté française en Colombie qui je l’espère, célébrera après-demain le retour en France de la Coupe Jules Rimet, trophée du Mondial de Football.

Merci à tous pour votre attention et votre présence aujourd’hui.

Que vive l’amitié entre la France et la Colombie !

publié le 18/07/2018

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