Histoire de la Résidence de France en Colombie

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Acquise en 1969 au nom du gouvernement français par Monsieur Francis Levasseur, Ministre plénipotentiaire en Colombie de 1967 à 1972, la maison de la Cabrera fut édifiée dans un style Île-de-France en 1943 dans le quartier du même nom, sur commande personnelle de Philippe Duchamp de Petigny. Expatrié à Bogotá depuis 1927 comme représentant d’une société lyonnaise de production de soie puis de Hermann-Theissen et de Rhône-Poulenc, le fondateur de l’entreprise pharmaceutique SOFRACOL LTDA occupa cette demeure pendant près de 10 ans, accompagné de sa femme Alicia Esguerra Castillejo, native de Barranquilla, ainsi que de ses trois enfants.

Originaire de Tassin-la-Demi-Lune dans la région lyonnaise où il naquit en 1903, Monsieur Duchamp exprima le désir de recréer en Colombie l’architecture de son pays natal. Il s’adressa pour cette mission à celui qui par la suite deviendra Maire de Bogotá (1949 -1952), Santiago Trujillo Gómez, cofondateur du célèbre cabinet d’architectes Trujillo Gómez & Martínez Cárdenas, à l’origine notamment de l’imposant siège de la Compañia Colombiana de Seguros à l’angle de la 7ème avenue et de la 17ème rue.

Au cours de l’année 1953, la demeure de la 87ème rue se retrouve en location suite au départ de la famille Duchamp. Son architecture grandiose, son esthétique française et son imposante capacité de réception avec ses 1100 mètres carrés construits captent rapidement l’attention de Monsieur Roger Tissot. Directeur de Tissot S.A.S, il s’installe à cette époque en Colombie après avoir remporté la direction des chantiers Acerías Paz del Río réalisant la construction d’un haut fourneau dans le département du Boyacá.

C’est à cette époque que la Résidence devient un lieu de réunion pour la communauté française. Les invitations adressées aux familles des cadres débarqués de France, de séjour à l’Hôtel Continental de Bogotá, sont fréquentes. Parmi cet entourage de 600 personnes, certains ouvriers et ingénieurs de passage ont même le privilège d’être hébergés chez la famille Tissot.

C’est l’heure du divertissement et de la fraternité ; des projections de films et des actualités françaises sont régulièrement organisées dans la mansarde de la maison, Monsieur Tissot recevant par bateau ou par avion les bobines 16 millimètres prévues à cet effet. Dans le salon principal du rez-de-chaussée, son épouse prend l’habitude de s’entretenir avec les femmes de premier plan de la société française autour du jeu de la canasta ; Madame Duchamp, Madame Desilles - mariée au propriétaire de la Camiseria francesa - ou bien encore Madame Mogio - épouse du représentant de Sud Aviation – sont de ces noms qui s’inscrivent dans l’histoire de la Résidence.

De surcroît, son rayonnement dépasse les limites de la communauté française ; la position centrale de Roger Tissot à la tête des chantiers du Boyacá, et plus tard des raffineries de Cartagena et de Barrancabermeja, ainsi que la singularité de l’apparat de la maison charment la société colombienne. Personnalités politiques à l’instar du Président Rojas Pinilla mais encore du spectacle, du commerce et de la sphère intellectuelle s’y retrouvent avec enthousiasme.

Jusqu’à la fin des années 1950, la 87ème rue constituait la limite nord de Bogotá ; l’expansion urbaine rapide de la capitale persuada la famille Tissot d’abandonner la Cabrera.

À partir de 1959, Monsieur Henri Ingrand est le premier de 19 Ambassadeurs de France en Colombie à vivre dans la maison de la Cabrera, prise en location par l’État. Il faut attendre le 15 avril 1969 pour que l’acte de vente soit signé au nom du gouvernement français.

La remarquable rénovation opérée en 1997 et 1998 au cours de laquelle fut renouvelé le plancher des deuxième et troisième étages et réhabilités les réseaux d’eau et d’électricité n’a pas modifié les plans d’origine. Le principal remaniement hérité du temps reste l’apparition du mur d’enceinte au début des années 1970 en réponse aux conditions d’insécurité de l’époque.

Les travaux réalisés sous l’œil de Monsieur Christian Cabane, Ingénieur responsable de l’Antenne Régionale du Service des Immeubles et des Affaires Générales basé à Mexico, ont réuni près de 150 ouvriers colombiens. Étant donné l’ampleur de l’ouvrage, l’Ambassadeur en fonction à l’époque, Monsieur Guy Azaïs (1997/2000), tout comme le personnel de sécurité, ont été soumis pendant huit mois à un relogement dans le quartier.

La Résidence de France en Colombie accueille aujourd’hui des réceptions réunissant jusqu’à 1200 invités, où s’illustrent personnalités artistiques, politiques et économiques aussi bien issues de la communauté française que de la société colombienne. Ainsi en témoignent les récentes visites de l’ancien Président de la République Monsieur François Hollande, en janvier 2017, ou bien encore celle de Monsieur Manuel Valls en septembre 2015, alors Premier Ministre.

publié le 20/12/2019

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